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7 janv. 2018

La France interdira le cellulaire à l’école

La France interdira le cellulaire à l’école
par André Fauteux, maisonsaine.ca, 18 décembre 2017

L’usage du téléphone cellulaire par les élèves de 15 ans et moins sera interdit en France dès l’automne prochain. Ils « seront interdits à l’école et au collège dès la rentrée 2018 », a déclaré le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer à l’émission de télé Le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI(à partir de 48 min 10). La mesure ne touchera pas les lycéens qui équivalent à nos cégépiens.

(Photo): À Berkeley, en Californie, les détaillants de cellulaires doivent aviser leurs clients que s’ils portent sur leur corps un appareil allumé et connecté à un réseau sans fil, ils risquent de dépasser les lignes directrices fédérales pour l’exposition aux radiations de radiofréquences. Ces limites ne visent qu’à éviter que les tissus humains ne soient chauffés (cuits!) par des micro-ondes et non les autres effets biologiques comme les dommages à l’ADN pouvant mener au cancer. © Thinkstock

Loi nationale

En France, les élèves doivent déjà éteindre leur téléphone portable et le laisser dans leur sac à dos ou dans une boîte à l’entrée des classes. Désormais, les jeunes ne pourront plus l’utiliser durant les pauses. Le ministre y voit un moyen de combattre notamment la cyberintimidation et de favoriser la socialisation. « Ces jours-ci les enfants ne jouent plus aux moments des pauses, ils sont tous juste devant leur smartphone et d’un point de vue de l’éducation, cela pose problème », a-t-il déclaré au quotidien britannique The Telegraph.



L’interdiction du cellulaire est une mesure qui figurait dans le programme de campagne du président Emmanuel Macron. « Il s’agit là d’une autre étape de l’application de la Loi no 2015-136 du 9 février 2015 relative à la sobriété, à la transparence, à l’information et à la concertation en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques. L’objectif de cette loi : modérer l’exposition aux ondes par diverses mesures », rappelle Hélène Vadeboncoeur, présidente du Rassemblement ÉlectroSensibilité Québec, association de sensibilisation à cette problématique et qui défend les droits des personnes qui en sont atteintes. « La première mesure a été d’interdire en 2015 le Wi-Fi dans les garderies et d’en limiter l’usage à l’école primaire. Cela s’est accompagné de l’obligation de procéder à des consultations en cas de projet d’implantation d’antenne-relais. La deuxième mesure, appliquée depuis le début de l’année, concerne les employeurs, qui doivent évaluer les niveaux de rayonnements aux radiofréquences sur les lieux de travail et agir en cas de dépassement des valeurs limites d’exposition. »

Une mise en œuvre complexe

Le site web de Génération Nouvelles Technologies précise les enjeux : « Avec plus de huit adolescents sur dix déjà équipés, la présence du téléphone portable à l’école ou au collège peut créer des perturbations pendant les cours et des tensions dans la relation élève-enseignant, mais aussi d’élève à élève. Toutefois, l’application d’une telle interdiction, si elle peut être souhaitable durant les cours, pourrait être plus difficile durant les intercours, alors que les parents peuvent être amenés à équiper leurs enfants pour pouvoir les joindre. Par ailleurs, vérifier que les élèves auront bien laissé leur téléphone dans l’espace de confinement prévu s’annonce déjà plutôt compliqué. »

En effet, en septembre dernier, la première fédération française d’associations de parents d’élèves évoquait « un problème de logistique effroyable ». L’interdiction déjà en vigueur « est extrêmement difficile à faire respecter », affirmait au quotidien Le Monde Valérie Sipahimalani, enseignante et secrétaire générale adjointe du Syndicat national des enseignants du second degré, notamment à cause du nombre de surveillants qui a tendance à diminuer. « Les élèves sont accros à leur téléphone, c’est un vrai fléau », témoignait, il y a quelques mois auprès du Monde, Xavier Bessière, professeur de droit maritime au lycée professionnel de Sète (Hérault). Pas un cours sans que cet enseignant ait à rappeler la règle à un « pianoteur » qui tente de dissimuler l’objet du délit sous sa table. « On ferme les yeux, c’est certain, parce qu’on ne peut pas lutter, on ferait le gendarme tout le temps », concède-t-il. D’autres enseignants affirment que l’usage « raisonné et raisonnable » du téléphone portable « sous le contrôle de l’enseignant » peut être utile.

Le ministre Blanquer répond que les modalités de l’interdiction sont en développement. « Parfois, vous pouvez avoir besoin du téléphone portable, par exemple pour des usages pédagogiques [ou pour] des situations d’urgence. Et donc il faut qu’il soit en quelque sorte confiné, ce qui d’ailleurs au passage existe déjà : il y a des collèges qui réussissent à le faire. »

Nocivité des écrans

Sans interdire les tablettes, Jean-Michel Blanquer en a profité pour souligner que pour lui et sa collègue ministre de la Santé, les écrans sont nocifs pour les tout-petits. « Elle a sur son bureau et moi aussi des études de santé publique qui montrent que l’exposition aux écrans des enfants en dessous de sept ans, c’est un problème de santé. » (Lire : L’immense nocivité des écrans pour le développement des jeunes enfants.) Plus tard, il a précisé : « Il y a un message de santé publique qui concerne les familles. C’est à dire, les enfants, il est bon qu’ils ne soient pas trop (…), le mieux est qu’ils ne soient pas du tout devant les écrans avant l’âge de sept ans. C’est un sujet de société fondamental… »

Pour l’association PRIARTEM (Pour rassembler, informer et agir sur les risques liés aux technologies électromagnétiques), le ministre « envoie aux parents un message clair : le portable n’est pas compatible avec de bonnes conditions d’apprentissage parce que son usage ne favorise pas la concentration. Si ceci est vrai à l’école, cela demeure vrai également à l’extérieur de l’enceinte scolaire. »

L’association ajoute que ce n’est pas seulement le fait de regarder un écran pendant des heures tous les jours qui contribue à l’augmentation du nombre de jeunes enfants présentant des troubles de comportement, de langage, de concentration et d’apprentissage. Les micro-ondes émises par les portables et tablettes en mode Wi-Fi, en plus d’être reconnues cancérogènes par le National Toxicology Program américain depuis 2016, nuisent aussi au fonctionnement du cerveau : « Même si ce n’est pas l’objectif affiché, cette décision va dans le sens des recommandations de l’ANSES (Agence de sécurité sanitaire) de réduire l’exposition des enfants aux radiofréquences et, notamment, à celles émises par les portables. » D’ailleurs, un communiqué émis par l’association« invite le ministre à ne pas s’arrêter en si bon chemin. Les portables, ce n’est pas bon pour la santé des enfants, les tablettes non plus ». Pour PRIARTEM, la déclaration du ministre sur les écrans « constitue, de fait, une remise en cause profonde du « Plan numérique à l’école » qui visait à équiper le plus tôt possible (dès la maternelle) les enfants de tablettes numériques. » D’ailleurs, dès 2011, le Conseil d’Europe, organe non politisé qui avise les pays membres de l’Union européenne, recommandait d’interdire les cellulaires et les tablettes dans les écoles parce qu’ils présentent un risque pour la santé.

En effet, en plus de générer de la cyberdépendance chez plusieurs, les cellulaires et les tablettes Wi-Fi ont plusieurs effets biologiques nocifs, selon plusieurs études. D’après un avis publié en 2008 par le Comité national russe sur la protection contre les rayonnements non ionisants, cité sur le site de l’Organisation mondiale de la santé, les enfants surexposés aux ondes risquent à court terme de devoir faire face à divers problèmes de santé : perturbation de la mémoire, perte d’attention, diminution des capacités cognitives, irritabilité accrue, problèmes de sommeil, augmentation de la sensibilité au stress et épilepsie.

Hélène Vadeboncoeur du RESQ rappelle que la loi française « et sa mise en œuvre ont accompagné le travail de revue de la littérature scientifique fait par l’ANSES. Ce travail a mené notamment à la rédaction du rapport sur les radiofréquences et les enfants publié l’année dernière. Vu la plus grande vulnérabilité des enfants à la pollution environnementale, l’ANSES recommandait dans son rapport de réduire leur exposition au sans-fil. Il existe en effet assez de preuves scientifiques sur la nocivité des rayonnements électromagnétiques pour appliquer le principe de précaution. »

La Californie prône la prudence

C’est dans ce même esprit que le 13 décembre dernier, le ministère californien de la santé publique (California Department of Public Health ou CDPH) a publié des lignes directrices aux individus et familles souhaitant réduire leur exposition aux ondes émises par les cellulaires. L’avis affirme : « Bien que la science continue d’évoluer, certaines expériences de laboratoire et études sur la santé humaine ont suggéré la possibilité qu’une utilisation élevée à long terme des téléphones cellulaires puisse être liée à certains types d’effets de cancérogénèse et autres effets sur la santé, notamment :


• le cancer du cerveau et les tumeurs du nerf acoustique (nécessaires à l’audition et au maintien de l’équilibre) et des glandes salivaires
• des spermatozoïdes moins nombreux et inactifs ou moins mobiles;
• des maux de tête et des effets sur l’apprentissage et la mémoire, l’ouïe, le comportement et le sommeil.


Le CDPH se préoccupe particulièrement du fait que les enfants possèdent leur premier cellulaire à l’âge de 10 ans, en moyenne. « Le cerveau des enfants se développe au cours de l’adolescence et pourrait être plus affecté par l’usage du téléphone cellulaire, rappelle la directrice du département, Dr Karen Smith. Les parents devraient songer à réduire le temps où leurs enfants utilisent des cellulaires et les encourager à les éteindre la nuit. » Les radiations pénètrent plus profondément dans le cerveau des jeunes que chez les adultes. Les rares études sur le sujet indiquent qu’elles pourraient causer des pertes d’audition, des acouphènes (bourdonnement des oreilles), des maux de tête et une perte de bien-être en général, ajoute l’avis.

Le CDPH recommande les mesures pratiques suivantes pour réduire l’exposition des enfants et des adultes à ces radiations :


  • Utiliser un casque d’écoute ou le haut parleur et tenir le téléphone loin du corps, jamais dans une poche, un soutien gorge ou à la ceinture (pour prévenir l’échauffement des tissus corporels);
  • Envoyer des textos au lieu de parler au téléphone;
  • Réduire l’usage du cellulaire lorsque le signal de réception est faible, par exemple dans les transports (car l’appareil émet davantage d’ondes, ce qui augmente l’exposition humaine);
  • Minimiser l’écoute de la musique et de vidéos ainsi que le téléchargement des fichiers lourds (et alors tenir l’appareil loin du corps);
  • Utiliser le mode Avion car il éteint les communications cellulaires, Wi-Fi et Bluetooth;
  • Éteindre le cellulaire ou le mettre en mode Avion la nuit, sinon le tenir loin du lit (les ondes affaiblissent certaines personnes jusqu’à 20-30 pieds, selon Dr Dietrich Klinghardt);
  • Retirer le casque d’écoute quand vous ne faites pas d’appel;
  • Éviter les produits qui bloquent les ondes car ils augmentent aussi les émissions et donc l’exposition.


Des normes d’exposition plus sévères réclamées

Malgré cette décision historique d’alerter le public sur les dommages potentiels causés par les radiations de radiofréquences, les experts indépendants réclament depuis des décennies des normes d’exposition et des mesures de protection beaucoup plus strictes de la part des organismes gouvernementaux internationaux. Les normes actuelles sont considérées comme désuètes depuis 1991 par trois organismes fédéraux américains parce qu’elles ne visent qu’à éviter l’échauffement des tissus à court terme et non des effets à long terme comme le cancer. « La science est beaucoup plus solide maintenant, mais vous ne le croiriez pas en lisant ce document », affirme Joel Moskowitz PhD, directeur du Centre de santé familiale et communautaire de l’École de santé publique de l’Université de Californie à Berkeley, qui est impliqué depuis de nombreuses années dans ce dossier. En 2013, il a appris que le CDPH avait rédigé des lignes directrices sur la sécurité des téléphones cellulaires depuis 2009 mais sans les publier. Après une série de demandes d’accès à l’information infructueuses, il a intenté un procès et en mars 2017 un juge de la Cour supérieure du comté de Sacramento a ordonné au CDPH de les publier.

Le site web de Physicians for Safe Technology offre des recommandations supplémentairespour réduire davantage l’exposition aux ondes du cellulaire. Il souligne l’importance de savoir qu’un téléphone sans fil émet à peu près le même rayonnement qu’un téléphone cellulaire. Parmi ses recommandations :


  • utiliser un téléphone fixe pour les longs appels;
  • ne pas laisser les bébés utiliser un cellulaire, une tablette ou un ordinateur portable;
  • ne permettre l’usage du cellulaire par un enfant qu’en cas d’urgence;
  • mettre son cellulaire en mode avion la nuit (sa fonction de réveil-matin fonctionnera toujours);
  • placer les routeurs le plus loin possible des chambres, les brancher dans une barre d’alimentation protégée contre les surtensions et les éteindre la nuit;
  • utiliser une connexion internet câblée dans votre maison (pour en savoir davantage, cet article du site EMFAnalysis.com, de l’ingénieur électrosensible Jeromy Johnson, est recommandé);
  • garder les tablettes et ordinateurs portables sur une table (la norme du Federal Communications Commission recommande de les tenir à 7 po du corps pour éviter l’échauffement des tissus);
  • faire remplacer votre compteur intelligent par un compteur non communiquant (Hydro-Québec offre une option de retrait pour 85 $ plus 5 $ de frais mensuel de relève).


Pour des informations scientifiques sur les risques de cancer du cerveau associés à l’utilisation du téléphone portable, voir MDSafeTech – Brain Tumors and Cell Phones.

AU SUJET DE L'AUTEUR

Journaliste de profession, André Fauteux fut reporter à The Gazette (1988) puis chez Habitabec (1989-1994) où il s’est spécialisé en maisons saines et écologiques. En 1994, il fondait La Maison du 21e siècle, plus ancien magazine canadien en la matière, dont il est toujours l'éditeur et le rédacteur en chef. Il a également été collaborateur à La Presse et au magazine Guide Ressources pendant 15 ans. Il est aussi un conseiller, formateur et conférencier recherché pour tout ce qui touche à l'habitat sain et durable.

https://maisonsaine.ca/sante-et-securite/electrosmog/la-france-interdira-le-cellulaire-a-lecole.html

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